Compétences fondamentales du chien de famille

Les comportements insistants sont normaux : le chiot est né avec la compétence “persévérer” (indispensable pour survivre seul), mais il doit apprendre les compétences “autocontrôle” et “gestion de la frustration” !

Ces compétences seront les 2 piliers FONDAMENTAUX qu’il va devoir acquérir pour évoluer en harmonie dans une cellule familiale. Lorsque ces compétences sont acquises, la suite des apprentissages devient plus facile. Tant qu’elles ne sont pas maîtrisées, tout autre apprentissage devient difficile dès lors qu’il implique de mettre en jeu ces compétences.
Par exemple, le rappel : pour revenir vers vous lorsque vous l’appelez, votre chien doit :

  1. se contrôler suffisamment pour être capable d’entendre et écouter votre appel
  2. gérer sa frustration pour être capable d’abandonner ce qu’il est en train de faire et revenir vers vous

Les bases de l’apprentissage

Un chien qui a peur ou est excité, qui a une émotion assez vive, n’est pas en mesure d’apprendre. Il s’agit d’abord de calmer l’émotion.

Pour que le chien apprenne à reproduire un comportement, et/ou à ne pas en reproduire un autre, il est nécessaire que le comportement amène soit une récompense soit une punition. Le chien apprend en permanence, même quand vous n’y faites pas attention.

Pour intervenir correctement dans l’éducation de votre chien, il est nécessaire d’utiliser :
La PUNITION :
c’est ne pas donner au chien ce qu’il veut, ou le lui enlever (cela peut être votre compagnie, un jeu, une balade, un câlin, l’accès à une pièce…..)
La RÉCOMPENSE :
doit toujours équilibrer la punition. Il s’agit de donner au chien ce qu’il veut, ce qui lui fait plaisir. De cette façon, il va reproduire le comportement qui donne accès à ce qu’il souhaite obtenir.
PIÈGE :
la récompense est quelque chose qui fait plaisir au chien, pas nécessairement à vous, et ce qui vous fait plaisir ne lui fait pas nécessairement plaisir à lui!
Si vous pensez qu’une caresse est une récompense et que le chien déteste se faire toucher, alors quand vous le caressez vous êtes en train de le “punir” et alors il apprendra à ne pas reproduire le comportement que vous, vous souhaitez que votre chien mette en place.
Si un comportement que vous pensez punir se reproduit, il est fort probable que, du point de vue de votre chien, vous le récompensiez. Changez de stratégie !

TIMING :

Votre chien apprend, en étant récompensé ou puni, que ce soit par vous ou pas, dans un maximum de 2 secondes après son comportement !

SCÉNARISEZ :

Ne pas hésiter à mettre en scène des situations dans lesquelles le chien va apprendre un comportement en RÉUSSISSANT ! C’est en réussissant que le chien apprend !
PENSEZ RÉUSSITE, ET NON PAS PERFORMANCE !

Compétences à acquérir

Un chien de famille doit acquérir quelques compétences, de façon autonome :

  • savoir contrôler ses comportements et être calme (autocontrôle) : le chien obtient ce qu’il veut seulement quand il a un comportement calme
  • savoir gérer sa frustration : le chien n’obtient pas ce qu’il veut, mais, surtout en période d’apprentissage, obtient autre chose.
    En bref : « être frustré, c’est pas cool, mais à la fin, c’est ok! ».
  • savoir gérer la séparation : en action éducative, proposer des absences très courtes, quelques secondes au début, en changeant de pièce dans la maison, et en fermant la porte derrière vous. Introduire un rituel verbal ou gestuel, très simple et sans émotion particulière : un signe de la main, une parole…
    Il est intéressant de mettre en place un rituel en deux temps : quand vous dites « je reviens », c’est toujours suivi, plus tard, de « je suis là ».
  • savoir rester seul/s’ennuyer : ne répondez pas à toutes les demandes d’attention du chien quand vous êtes avec lui. Il ne s’agit pas d’être « dur » avec lui : s’il a besoin d’aide ne lui refusez pas. Il s’agit de lui permettre de savoir s’occuper sans vous, de façon à ce que vos absences ne soient pas catastrophiques pour lui.
    Lorsque vous ne répondez pas à ses sollicitations, laissez à disposition des occupations à réaliser seul sans danger, d’abondantes occupations ! Mieux vaut trop que pas assez ! (Laissez à disposition 40 peluches plutôt que 2 !)

Ces compétences s’acquièrent en proposant au chien de réfléchir et de s’ajuster. Il n’est pas question ici d’obéissance. L’obéissance (assis, couché, marche au pied, etc…) est une suite de techniques, apprentissage par conditionnement, qui n’a rien à voir avec la base de l’éducation d’un chien de famille.

Apprentissages spécifiques au chiot

Nous avons évoqué les apprentissages sociaux à privilégier tout de suite : avant 16 semaines, le chiot est curieux et a envie d’explorer le monde !
Proposer des rencontres avec des chiens différents, des personnes différentes, des espèces différentes (chat, poule, mouton, vache,…) en laissant le chien observer et s’ajuster au maximum…
Toujours privilégier la qualité en rencontres (il faut que ce soit une expérience positive pour le chiot, même très brève) à la quantité de rencontres.
Proposer la familiarisation avec des environnement différents, des bruits différents, …
Introduire les manipulations douces et sur les différents endroits du corps du chien
Mettre en place la familiarisation avec le cabinet vétérinaire, le vétérinaire, les assistants : vous pouvez organiser des visites sans consultation, « pour le plaisir », où le chiot obtiendra sur place toutes sortes de choses agréables (friandises, caresses s’il aime ça…) !

Tout cela sans jamais forcer le chien. Si le chiot a peur, alors on doit l’aider à prendre de la distance pour le mettre dans une situation plus confortable. Toujours respecter le rythme du chiot, vouloir aller trop vite serait dommageable : aller lentement permet de progresser plus vite.

Attention, pièges !

« Non! »

Les “non, non, non” n’ont pas de signification pour le chien. Parfois vos « non! » sont en fait une récompense car vous donnez à votre chien votre attention en lui parlant et c’est ce qu’il cherche.
« Non » n’est pas une action. Vos « non! » n’apprennent pas au chien comment se comporter. Au mieux, votre « non » sert d’interrupteur (ou bien votre chien croit qu’il s’appelle « Non »),  mais comme il est très facile de dire « non » pour nous humains sans y mettre de sens, remplacer le “non” par une demande en montrant au chien ce qu’on attend de lui (sans force, ni émotion), par exemple “Descend” au lieu de “non, ne monte pas”. Laisser le choix de l’exécution précise à votre chien lui permettra d’apprendre plus efficacement : « sois calme » est plus efficace que « couché ».

N’oubliez pas que le cerveau du chien, comme le nôtre, ne sait pas penser en négatif : « Ne pense pas à une girafe rose » provoque immanquablement l’apparition d’une girafe dans votre esprit…

Cage

Enfermer votre chiot en cage ne lui apprend rien, si ce n’est de s’inhiber entièrement en prenant son mal en patience. Un chien dans une cage qui ne dit rien n’est pas forcément un chien qui vit l’instant de façon confortable, c’est peut-être un chien en grand mal-être mais on lui a « appris » à ne pas le dire.
Si vous pensez devoir couper l’accès de certains lieux à votre chiot en votre absence, pourquoi pas aujourd’hui proposer une pièce fermée avec de très nombreuses occupations pour que votre chiot passe ces moments (par exemple ses nuits) plus confortablement et donc sans destructions ou vocalisations? N’oubliez pas de laisser de quoi boire à disposition et liberté de ses mouvement, donc la liberté de choix de ses occupations (y compris « ne rien faire »!)

Lancer pour jouer

Le lancer de balles ou autres jouets excite le chien et “allume” son instinct de prédation. Il faut plusieurs jours au chien pour retrouver un calme physiologique, les hormones de stress s’évacuant lentement. Les lancers contribuent à l’excitabilité, la réactivité, l’anxiété du chien.
Lire :

Grognement et autres menaces

NE JAMAIS PUNIR un grognement! Le grognement n’est que la communication d’un inconfort « en langage chien ».
Apprenez les « signaux d’apaisement » que votre chien envoie pour communiquer dans son langage (Livre : https://www.amazon.fr/signaux-dapaisement-bases-communication-canine/dp/2952809534 )
L’agression de distancement : lorsque un individu (humain, chien, autre…) s’approche « trop » de votre chien, votre chien va montrer progressivement des signaux de plus en plus « clairs » afin que l’intrus s’éloigne, et ce tant que l’intrus ne comprend pas le message ! Très schématiquement, tant que l’intrus persiste, votre chien va regarder de côté, puis se figer, puis lever une babine pour découvrir un croc, puis grogner, puis gronder, puis « lancer les dents » dans le vide, puis pincer, puis saisir, puis mordre… l’escalade s’arrête dès que l’intrus s’éloigne. Il est important de ne jamais punir une de ces étapes de communication, car tout ce qu’on obtient c’est le passage direct à l’étape suivante ! Ainsi un chien puni parce qu’il gronde va comprendre qu’il doit directement passer à l’étape « lancer les dents » sans gronder. C’est comme cela qu’on fabrique des chiens dangereux alors qu’ils étaient seulement de bon communiquants en situation désagréable…

Franchise et mensonges habituels

Ne jamais entourlouper ou mentir à votre chien : vous perdrez une bonne partie de sa confiance, et le chien hésitera à répondre à vos demandes (au rappel par exemple).
Exprimer au chien ce que vous attendez de lui : “tu rentres”, “je t’attache”,…

Exemple important : un rappel qui ne serait pas seulement un rappel mais une façon de contraindre votre chien (par l’enfermement , l’attache, …), n’aura plus aucune valeur car le chien ne reviendra plus! Un rappel ne doit être qu’un rappel, et montrez combien vous êtes contents du cadeau que vous fait votre chien. Ensuite expliquez à votre chien ce qui se passe…
Autre exemple : si vous voulez que votre chien soit calme et vous laisse tranquille, ne lui dites pas « au panier » (ce qui va le bloquer à un endroit donné qu’il n’apprécie pas forcément sur le coup et a pour effet de le calmer encore moins…), mais dites-lui « sois calme » ou « laisse-moi tranquille » !

Prérequis à l’apprentissage : les besoins

Pour qu’un chien apprenne, ses BESOINS doivent être comblés :

  • besoins exploratoires : se servir de sa truffe dans différents environnements
  • besoins masticatoires : mordiller et mordre des objets ou des os est un besoin toute la vie durant du chien
  • besoins sociaux : faites lui rencontrer des chiens et humains avec lesquels votre chien veut interagir. Et donnez lui le choix de ne pas aimer le contact avec CE chien ou CET humain. Votre chien n’est pas censé aimer tout le monde !
  • avoir le choix : choix des rencontres, des terrains à explorer, des activités, des jouets, des os, de la nourriture, … Ne choisissez pas tout pour votre chien, écoutez-le, et écoutez ses choix ! Vous pouvez bien entendu parfois « négocier » un choix, ce qui nécessite déjà que vous connaissiez le vôtre et le sien… (par exemple, « on rentre ou on continue la promenade ? »)

Période d’apprentissage

Préconisations pour la période d’apprentissage (donc à ne pas faire toute votre vie!) :
Travailler la confiance à l’approche de votre main et de vous :

  • ne jamais enlever de force ce qu’un chiot a en gueule, toujours échanger contre un jeu ou de la nourriture.
    Sinon le chiot va apprendre à protéger ce qu’il a en gueule, à vous fuir ou à ne pas revenir vers vous, et surtout va apprendre à avaler vite ce qu’il a en gueule pour qu’il ne le perde pas.
  • quand votre main s’approche, par exemple quand le chien mange dans sa gamelle ou ronge un os : donnez un truc sympa (jambon, caresse, jeu,….). La main qui s’approche doit TOUJOURS être une bonne nouvelle!

Idée reçue :

 » J’ai de jeunes enfants et je ne veux pas que mon chien soit possessif avec sa gamelle ! Je vais donc mettre les mains dans sa gamelle quand il mange et lui retirer sa gamelle pour lui apprendre. »

Erreur ! Avec cette attitude, vous allez apprendre à votre chien que chaque fois qu’un humain s’approche de sa gamelle, il doit être vigilant car on va lui retirer ou la toucher. Loin de lui apprendre à tolérer, vous allez lui apprendre à déclencher de l’agression et de la possessivité à la ressource alimentaire.
Votre chien devrait pouvoir manger tranquillement! Toutefois, vous pouvez lui apprendre à ne pas craindre l’approche de l’humain en rajoutant, pendant qu’il mange, des super récompenses, gras de jambon, morceaux de fromages ou croquettes en plus.Pour sa gamelle, la règle est que toute main qui s’approche doit arriver pleine et repartir vide. Cet apprentissage, réalisé dès le plus jeune âge, fait que vous aurez un chien qui ne craindra jamais votre présence car il saura que quand vous êtes là, vous ne lui retirez jamais rien, au contraire si vous approchez de la gamelle, c’est juste pour y ajouter quelque chose de bien agréable. Quand cet apprentissage est consolidé, vous ne serez plus obligé de rajouter dans la gamelle pour l’approcher…mais vous pourrez toujours le faire si cela vous fait plaisir, cela renforce le lien entre vous et votre chien !

Autres apprentissages

Propreté

Les chiots ont un contrôle limité de leur vessie et de leurs intestins. Un très jeune chiot ne pourra se retenir plus de quelques dizaines de minutes. Ce n’est qu’à partir de l’âge de 4 ou 5 mois qu’il aura plus de contrôle sur les muscles de son sphincter. On compte en général que votre chiot peut se retenir pendant autant d’heures qu’il a de mois : 2 mois => 2 heures, 3 mois => 3 heures …
De manière générale, la propreté du chiot est chose acquise vers l’âge de 6 mois. Ceci étant, ne vous inquiétez pas si votre chien met un peu plus de temps et n’est pas propre avant l’âge de 7 ou 8 mois. La rapidité d’apprentissage dépend des individus.
Il est inutile de punir votre chien parce qu’il a fait ses besoins chez vous. Cela peut même être complètement contre-productif. En effet, votre chien ne comprendra pas que vous êtes énervé à cause de quelque chose qui s’est produit dans le passé – même si c’était il y a seulement une ou deux minutes… En revanche il va comprendre qu’il doit avoir peur quand vous arrivez, et en faire un pipi d’émotion !

Inhibition à la morsure

La mâchoire est le seul moyen de préhension du chien. Elle remplace nos mains.
Contraindre un chiot à ne pas mordiller ne lui permettra pas de pouvoir de lui-même modifier l’intensité de ce comportement et d’acquérir naturellement une phase d’arrêt.
Si le chiot n’a pas été retiré trop tôt à sa mère et à sa fratrie, il aura normalement appris le contrôle et l’inhibition de la morsure… mais avec les chiens ! Le chiot ne peut pas deviner tout seul que la peau humaine est bien plus sensible que la peau d’un chien. De plus, de par son jeune âge, il peut toujours se laisser facilement déborder par son excitation et avoir du mal à abandonner son mordillement.
Si à un moment ou un autre le chiot se met à mordiller une main qui « traîne », il va falloir en profiter. Dès qu’il commence et sans retirer la main, pousser un « aïe » bien sonore et aigu ; inutile de hurler pour autant. Normalement, le chiot doit s’arrêter. Il se peut même dans certains cas que le chiot se mette à lécher la main qu’il avait commencé à mordiller. S’il s’arrête de lui-même alors l’interaction peut reprendre son cours.
Il peut donc arriver, ne serait-ce que pour capter l’attention, que le chiot se mette encore à mordiller.
Malgré cela, surtout ne jamais s’énerver. Ce serait complètement contre-productif.
Il suffit alors de cesser immédiatement toute interaction avec le chiot, de se détourner de lui et de l’ignorer complètement. Pas un regard, pas un mot, pas un geste dans sa direction, rien. Le chiot doit comprendre de lui-même qu’en mordillant, il n’obtient rien. Pire, vous vous éloignez de lui : il vous perd ! Il devrait rapidement changer de stratégie.
Entre-temps, il aura appris à auto-réguler son comportement.
Il faut vraiment d’abord laisser mordiller le chiot. Il sera impossible de lui apprendre à contrôler sa morsure autrement.
Toute méthode qui ne ferait qu’éviter le mordillement (sans le contrôle de la pression de la mâchoire) chez un chiot est de ce fait incomplète et dangereuse.
Malheureusement, certains professionnels, peu ou pas formés, semblent encore convaincus que le mordillement est une tentative du chiot pour « dominer » son propriétaire. C’est entièrement faux et même absurde ! Pour en savoir plus : la dominance .
D’autres professionnels ont tendance à suggérer au propriétaire de faire cesser les mordillement du chiot le plus vite possible. Coincer la mâchoire du chiot, l’obliger à se coucher sur le dos en le maintenant, lui mettre une tape sur le museau, lui dire un non ferme…
Aucune de ces méthodes ne va permettre au chiot d’expérimenter pour apprendre à contrôler sa morsure.

Autres apprentissages

  • marche en laisse sans tirer (harnais+laisse 3 mètres)
  • balade en longe
  • Rappel
  • Confiance en la voiture
  • etc….

Tous les apprentissages seront proposés dans le but d’autonomiser au maximum le chien, de le faire réfléchir, afin qu’il puisse durant tout sa vie s’ajuster aux différents environnements.
La relation de confiance que vous nouerez ensemble est à la base de tous ces apprentissages.
Tout conflit, peur ou souffrance que vous générerez avec votre chien entacheront cette confiance, et rendront plus compliqués les apprentissages.

Pour aller plus loin

LE livre à avoir lu au moins une fois : « Comment éduquer son chien dans le sens du poil » par Nicolas Cornier.
http://www.lechienassis.net/livre.php

L’AUTRE livre à lire absolument :« Accueillir un chien ». Par Sandrine Otsmane. https://www.amazon.fr/Accueillir-chien-Sandrine-Otsmane/dp/2035898498/