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Le mot des éducateurs

Les appareils de dressage à ultrasons sont-ils réellement sans danger et éthiques ?

Ces appareils de dressage populaires marquent le début des ennuis pour les chiens

Traduit de Dr. Jessica Pierce Ph.D. à https://www.psychologytoday.com/intl/blog/all-dogs-go-heaven/202001/are-ultrasonic-dog-training-devices-really-safe-and-humane, Posté le 13 Janvier 2020

La façon dont nous vivons est très corrélée à la façon dont nos chiens vivent.
Un exemple : cette augmentation de l’électronique sur nos chiens et chats. Certains de ces produits électroniques pour animaux de compagnie sont indubitablement pratiques, tels que les balises GPS et les caméras, qui nous rassurent sur le bien-être de nos amis à poils lorsque nous sommes absents. D’autres, tels que des outils qui nous permettent une connexion vidéo avec notre chien ou notre chat, et le distributeur de friandises connectés, ne sont pas essentiels mais peuvent nous amuser. Par contre, un large panel du marché électronique provoque clairement une préoccupation en terme de bien-être canin et félin.

Le marché du produit électronique de l’animal de compagnie déborde d’articles électroniques d’éducation. Les plus populaires des articles, et les plus traîtres, sont les colliers à chocs électriques, souvent appelés, par un doux euphémisme, « e-colliers » (ce qui rappelle « e-mail », « e-shopping »  et autres activités anodines).

Les e-colliers délivrent un choc électrique au cou du chien quand une personne pousse sur un bouton de télécommande ou quand un chien dépasse une « barrière » virtuelle constituée d’un fil enterré.  Etant donné que de plus en plus les colliers électriques sont identifiés comme cruels, une nouvelle ligne de produits inonde la niche de marché de l’éducation grâce à l’électronique, et qui est vendu comme  une alternative « sans souffrance et éthique1 » : les « barrières » et colliers à ultrasons.

Les produits de dressage à ultrasons, qu’est-ce que c’est et comment ça marche?

Ces appareils de dissuasion comportementale grâce aux ultrasons fonctionnent en émettant un son aigu quand l’appareil est activé. Les systèmes anti-aboiement détectent l’aboiement et émettent un son aigu en réponse. Les systèmes de barrière sont composés d’un collier porté par le chien et d’un appareil qui émet un son aigu quand il détecte que le collier est sorti du périmètre.

Ces appareils dissuasifs peuvent être placés autour de la maison (le site internet d’un de ces produits montre un chien, paré d’un collier connecté, qui consciencieusement évite le canapé), dans le jardin potager, ou le long de la clôture. L’un des principaux arguments pour vendre ces articles est qu’ils sont inaudibles pour les humains. (les colliers « soniques », par opposition, émettent des sons que nous entendons).

Les producteurs de ces systèmes à ultrasons affirment qu’ils sont sans dangers et éthiques2. Mais le sont-ils vraiment?

L’utilisation d’  « aversifs » sur le chien

Est-ce que les ultrasons sont aversifs pour le chien? Bien évidemment. C’est sur cette base que ces produits marchent. Une multitude d’études et de données depuis de nombreuses décennies démontrent les effets négatifs de bruits déplaisants et indésirables pour une large part des espèces vivantes (incluant les humains).
Dans les études sur le comportement animal en laboratoires, les ultrasons sont l’une des techniques employées pour provoquer une réponse de stress. Une étude publiée déjà en 1990 confirme que les ultrasons sont agressifs pour les chiens (Blackshaw et al. 1990).

Ces appareils à ultrasons doivent en conséquence être classifiés comme aversifs. Ce n’est typiquement pas comme cela qu’ils sont présentés, mais c’est comme cela qu’ils fonctionnent.
Ils fonctionnent en imposant une expérience sensorielle déplaisante et rentrent dans la catégorie des « punitions positives » — on utilise l’inconfort pour qu’un chien se comporte d’une certaine façon.

Les preuves s’accumulent ,depuis plus d’une dizaine d’années, que les techniques d’éducation aversives sont moins efficaces que le renforcement positif et que les outils et techniques aversifs peuvent causer au chien des dommages psychologiques persistant dans le temps. (pour une revue exhaustive voir, par exemple, Ziv 2017 et G. Fernandes, A.S. Olsson, A. C. Vieira de Castro 2017.)

J’ai demandé à Rain Jordan, éducateur canin professionnelle, qui est spécialisée dans l’aide aux chiens peureux et traumatisés, ce qu’elle pense à propos des appareils de dressage à ultrasons. « Le son émis par les appareils punit les chiens en les saisissant par surprise et/ou en leur causant de l’inconfort » m’a-t-elle dit dans un e-mail.

Ces appareils punissent tout aboiement qui sort de la gueule du chien et ne peuvent discriminer des aboiements appropriés / heureux / excités des aboiements qui créent une nuisance. Aboyer est un comportement canin parfaitement normal, et même nécessaire, et n’est une nuisance qu’en fonction de nos considérations humaines.

Quand un comportement normal est découragé et supprimé, on « risque soit l’impuissance acquise d’un côté ou l’agression imprévisible de l’autre ». Des chiens qui portent des colliers électriques ne comprennent pas forcément pourquoi ils sont punis, et même s’ils savent pourquoi, ils finissent par s’habituer à la punition et le comportement « problématique » revient. Donc, les propriétaires sont tentés de surenchérir en augmentant le volume par un simple bouton ou de passer à quelque chose d’encore plus extrême, tel qu’un collier à choc électrique.

Bien que les organismes de défense animale aux Etats-Unis ne mentionnent pas encore explicitement les appareils à ultrasons, RSPCA Australia ( la branche australienne de la Société Royale pour la Prévention de la Cruauté envers les Animaux ) a fermement pris position. Dans leur déclaration au sujet de l’utilisation des colliers à chocs électriques, ils s’opposent à « l’utilisation de colliers qui délivrent des stimuli aversifs tels que le son ou l’odeur, incluant les colliers à la citronnelle et les appareils qui émettent des sons aigus. ». Dans le second point de leur déclaration, ils notent « les appareils électroniques anti-aboiement infligent douleur et détresse à l’animal et ne devraient donc pas être utilisés » (voir plus bas pour prendre connaissance de leur prise de position complète.).

Il existe de meilleures options

Un article sur les colliers anti-aboiement à ultrasons dans le Canine Journal décrit ces appareils comme « plus éthiques2 que les autres options anti-aboiement ». Mais pourquoi utiliser quelque chose de « un peu inhumain » alors qu’il existe des alternatives totalement éthiques3?

Un travail collaboratif avec un chien en utilisant de bonnes vieilles friandises et des encouragements peut être mutuellement enrichissant, construire une relation forte entre l’humain et le chien, et aider un chien à comprendre ce que l’on demande et nous, à comprendre comment demander clairement ce que nous voulons. Le consensus grandissant entre les éducateurs canins est que les techniques d’éducation aversives sont moins efficaces que celles basées sur des renforcements positifs, tels que des récompenses alimentaires, du jeu, des félicitations et plus d’amour.

Nous devons aussi avoir des attentes réalistes au sujet de ce que nous pouvons demander à nos chiens. Les chiens aboient. Entendre quelques aboiements fait partie de la vie avec un chien. Si un chien aboie tout le temps, c’est peut-être que le chien vit de la frustration et une absence de stimulations et que nous devrions rechercher les causes profondes de l’aboiement. S’occuper de l’aboiement problématique, alors, signifie se pencher de façon holistique sur le vécu du chien et évaluer honnêtement si un chien reçoit ce dont il a besoin physiquement, socialement, et émotionnellement.


Voici la section citée plus haut de la prise de position de la Société Royale pour la Prévention de la Cruauté envers les Animaux (RSPCA Australia) :

La RSPCA Australia s’oppose à l’utilisation de colliers qui délivrent des stimuli aversifs tels que le son ou l’odeur, incluant les colliers à la citronnelle et les appareils qui émettent des sons aigus.

  1. Ce type de dressage est appelé « punition » cat le chien est effectivement puni par le collier pour chaque aboiement. La punition en tant que méthode d’éducation est souvent inefficace car souvent les chiens n’associent pas la punition (le spray de citronnelle, le son ou le choc électrique) avec le comportement. Le renforcement positif est préférable en tant que technique d’éducation car il incite au comportement désirable. Dans ce cas, vous récompenseriez votre chien quand il arrête d’aboyer et reste silencieux, en lui offrant une friandise appétissante ou un jeu avec un de ses jouets favoris. Des friandises sont bien pour commencer mais au fur et à mesure de la progression éducative, votre chien devrait assimiler les félicitations verbales et un toucher amical en tant que récompenses.
  2. Les appareils électroniques anti-aboiement infligent douleur et détresse à l’animal et ne devraient pas être utilisés.
  3. Ce type de modification comportementale tend à être inefficace parce qu’il ne s’attaque pas à la cause sous-jacente du comportement. Les chiens aboient pour de multiples raisons : le jeu, la peur, l’anxiété de séparation, la frustration, des facteurs environnementaux, l’ennui, etc. Ces appareils ne vont pas nécessairement résoudre la cause sous-jacente de l’aboiement et vont seulement masquer le problème de façon temporaire.
  4. Des preuves scientifiques montrent que les chiens finissent par s’habituer au collier et que l’aboiement va réapparaître.
  5. Parfois il est approprié que les chiens aboient ( par exemple comme moyen de communication ). Dans ce cas, le collier les punit pour un comportement normal. Comme le collier ne différencie  pas l’aboiement problématique d’un comportement canin normal, il y a potentiellement maltraitance si le collier est habituellement porté trop longtemps.

Le traitement de comportements nuisibles tels que l’aboiement excessif devrait commencer en déterminant la cause profonde du problème et ensuite en s’attaquant à la cause sous-jacente de façon éthique4.


References
J.K. Blackshaw, G.E.Cook, P.Harding, C.Day, W.Bates, J.Rose, D. Bramham. Aversive responses of dogs to ultrasonic, sonic and flashing light units. Applied Animal Behaviour Science, 25 (1990).

G. Ziv. The effects of using aversive training methods in dogs—A review. Journal of Veterinary Behavior. Volume 19, May–June 2017, Pages 50-60.

G. Fernandes,. A.S. Olsson, A. C. Vieira de Castro. Do aversive-based training methods actually compromise dog welfare? A literature review.  Applied Animal Behaviour Science Volume 196, November 2017, Pages 1-12.

  1. le terme “humaine”, l’opposé de “inhumaine” est plus exact mais prête à confusion. Nous utiliserons dorénavant “éthique” comme approximation la plus proche.[]
  2. “humains” par opposition à “inhumains”[][]
  3. “humaines” par opposition à “inhumaines”[]
  4. “humaine” par opposition à “inhumaine”[]